Si Nicolas Sarkozy devait perdre les élections présidentielles, sous réserve de ce qui peut encore arriver, en une année tout est possible, il le devra au CPE et plus précisément à ce qui s’est passé le 10 avril.
C’est à cette date que l’on a pu mesurer les résultats convergents de deux stratégies de communication dévastatrices.
Celle du gouvernement ou pour être clair et précis de Dominique de Villepin. Lorsque les occupations de faculté et manifestations ont commencé à monter (comme la mer dans la chanson), il était devenu évident que seule une communication intelligente et forte, aurait pu inverser le processus. Or, à quoi a-t-on assisté ?
A une quasi vacuité, à un message timide, à la limite du honteux –le complexe, la maladie infantile de la droite française- porté par le Premier Ministre peu « droit dans ses bottes » et se focalisant sur une promesse d’explication pédagogique (était ce le moment ?). « Quand l’ennemi est aux portes », quand on cultive le panache, il faut concevoir un message, un discours qui ne soit pas timoré et défensif sinon on a déjà perdu. Il faut quitter le territoire de l’adversaire -la précarité en l’occurrence- surtout lorsqu’on n’est pas entendu et inventer un méta discours, ou mieux encore un événement, une mise en scène capables de reprendre la main, de modifier les perspectives et donc les perceptions et de resituer différemment les enjeux (souvenons nous du voyage de De Gaulle à Baden Baden en 1968).
Parallèlement le plan, le dispositif média ont été calamiteux. On a vu, revu, entendu journal après journal, les points de vue des étudiants, lycéens, syndiqués, travailleurs, enseignants et retraités occupant, défilant sans fin…
Face à cette déferlante systématiquement orchestrée (personne n’a évoqué ce point), quelques ministres ont participé sans conviction à de vagues interviews ou à des face à face. Tout le monde se souvient de ce pauvre Gilles de Robien sur les plateaux des télés blême, le regard effondré, le verbe très bas. Les conséquences de cette manipulation des médias ne se sont pas faites attendre. Jour après jour les sondages montraient combien les français basculaient et prenaient majoritairement fait et cause pour les anti CPE. Les rumeurs, -orchestrées elles aussi-, indiquaient parallèlement les questionnements, puis les réticences, puis le désaccord, jusqu’à une supposée fronde des députés de l’UMP et même de « certains ministres », et un gouvernement qui de ce fait se retrouvait en minorité, en position d’accusé dans son propre camp.
La déclaration présidentielle, dans la ligne du personnage a sonné le glas, l’effondrement des dernières positions, du dernier semblant de crédibilité. Le Président avec un capital de confiance dramatiquement bas, ne pouvait pas se permettre d’assumer et d’espérer changer les choses en tirant de son chapeau un triste montage politicien (au pire sens du terme) digne des compromissions et recettes de feu la IV
Le 10 avril, même si l’on avait vu émerger quelques prémisses auparavant, l’action de communication de N. Sarkozy a pris réellement son envol. Jusque là on ne l’avait que très peu entendu. Puis on apprenait qu’il avait été l’inspirateur de la solution proposée par le Président, qu’il allait être l’artisan de la sortie de crise… Ce qui n’était que conjecture, supputations est devenu soudainement un discours revendiqué par le ministre de l’Intérieur, l’intervention du Parlement, des chefs de la majorité parlementaire de chaque chambre, c’était lui qui en avait eu également l’idée, qui avait su convaincre les protagonistes le tout sur fond de luttes intestines, de règlements de compte de plus en plus apparents.
« Jupiter rend aveugle ceux qu’il veut perdre ». Faut il être peu clairvoyant pour croire que l’on peut être à le fois à l’intérieur du système et à l’extérieur ? Là aussi, à l’image de J. Chirac N. Sarkozy a cru pouvoir exploiter la veine de l’habileté, de la sortie de crise par le haut, tout en capitulant et simultanément se faire passer pour le deus ex machina, le seul sauveur. Dans les procédés de conviction, lorsque la rhétorique est percée au jour et ressentie en tant que telle, elle perd tout pouvoir et décrédibilise son auteur. En politique lorsque tout le monde-c'est-à-dire l’électorat-, perçoit l’habileté comme une habileté, lorsqu’il devient clair que ce sont des motivations personnelles, bassement politiques qui sont le ressort de l’action et du discours, on perd la mise. Surtout si durant des mois on a fait savoir que l’on était le promoteur d’une méthode nouvelle quasi révolutionnaire ou pour le moins miraculeuse et seule capable de sortir le pays de l’ornière : la rupture. Concept qui allait changer les choses redonner au pays un souffle nouveau, une résilience inespérée… On est dans la mauvaise rhétorique dans l’habileté démasquée et tout le monde sait que ce sont des attitudes que le public consciemment et plus encore inconsciemment ne saurait oublier. Aujourd’hui la seule communication qui vaille c’est effectivement la rupture, avec les mauvaises pratiques, la légèreté, le manque de respect vis-à-vis des électeurs. On attend du courage et une cohérence rigoureuse, ne pas avoir compris ce fait, c’est aller dans le mur, car aujourd’hui en France, les Politiques n’ont plus de crédit.
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