Je résiste rarement aux nouveautés, aussi mardi soir (13 juin), ai-je été comblé de trouver au coin d’une rue une charmante hôtesse portant uniforme, qui m’a tendu discrètement Direct soir. J’insiste sur discrètement, car j’avais lu, ou entendu, que ce nouveau titre était distribué à la criée.
Direct soir « Sortez du quotidien » annonce –t –on sur la une. Comment interpréter cette injonction ? Fait –on allusion aux autre journaux ou à notre quotidien, celui de notre vie de tous les jours ? Essayons d’y voir plus clair.
Il faut reconnaître que par rapport aux autres titres, dès la première page on plonge dans le changement : on est confronté à un kaléidoscope de photos une par rubrique, avec dans un bandeau rouge le nom de celle-ci (people, sport, conso, France, Europe, médias) et le titre de l’article concerné, pas plus de quatre mots quoi qu’il arrive à cela s’ajoute la photo de une, et deux autres, l’une pour l’interview exclusive et l’autre pour l’interview non exclusive.
Pour cette dernière on nous présentait Panafieu (sans particule), souriante sur sa photo, sur fond de ciel bleu, le regard tourné vers l’avenir, titre : « non au Paris des riches ». C’est le titrage le plus long : cinq mots. Alléché par cette déclaration surprenante émanant d’une personne que j’avais toujours perçue comme une grande bourgeoise je me précipite page 9. Il faut chercher avant de découvrir l’article car celui-ci occupe à peine une demi colonne d’un texte en gros caractères avec une nouvelle photo de Françoise de Panafieu cette fois ci. On apprend en définitive qu’il ne s’agit, pour elle que de partir en guerre contre le PLU de la ville de Paris concocté par la municipalité socialiste et ses marchandages …
D’antan les spécialistes des médias insistaient sur le fait que le contenu (les mots utilisés) du journal télévisé de 20h représentait à peine deux colonnes d’un quotidien et encore sur une demi page. Avec Direct soir ils vont devoir réviser leur conception, le journal de Poivre d’Arvor doit certainement comporter plus de mots qu’un numéro de Direct soir.
Ce qui est bien c’est que la promesse véhiculée par le nom n’est pas mensongère. On va toujours droit à l’essentiel, photos de foot, celles de quelques politiciens du moment, turcs inclus, des photos de poupées qui disent oui, ça c’est pour la culture, des téléphones mobiles dernière génération (conso), Adjani et autres people dont la mère de Di Caprio il était temps qu’on la connaisse enfin.
Il y a aussi quelques innovations directives. Certains articles sont ponctués par des aphorismes « C’est dit » donnant directement à penser. Ainsi Thierry Roland « Si la France gagne la Coupedu monde, je fais le tour de la place de la Concorde à poil ».
4 pages de programme télé présentent 18 chaînes en deux parties « ce soir » (deux pages de 17 h à 5 h) et « demain » (deux pages de 5h à 17h) avec au centre à la fois une sélection, et les émissions à éviter ici encore on ne perd pas de temps en commentaires. De plus des cornets de glace sont censés noter les émissions : un cornet « bien » jusqu’à trois cornets « à voir absolument ». Je préfère personnellement la faucille et le marteau de Patrick Besson qui distingue ainsi, dans ses rubriques, ses restaurants préférés. Pour la page cinéma on aide également le lecteur à gagner du temps à aller à l‘essentiel. Les films sont présentés en deux rubriques « y aller », « hésiter ». Autre exotisme dans « l’actu France » un encadré propose des voyages aux Caraïbes pour 700 € avec les sites à consulter pub ou article ? Soyons direct ne nous posons pas la question. Compte tenu de la maquette du journal, de toute façon on ne peut pas trancher.
A propos de publicité une pleine page pour le concours de photos de footballeurs amateurs organisé par le Monde 2 : sidérant. J’aimerai connaître les critères qui ont prévalu à ce choix, la suprématie de la photo par exemple ?
Direct soir présente un grave inconvénient. Comme il est distribué à l’entrée des stations de métro, il faut vraiment que les voyageurs n’aient pas un long trajet à effectuer. On est tellement direct qu’après deux stations il n’y a plus rien à lire, il ne reste plus que la page des jeux. En comparaison Metro et a fortiori 20 Minutes c’est Proust dans la presse gratuite. Pour le Monde, bonne nouvelle, ce n’est pas Direct soir qui va sortir un seul de ses lecteurs de leur quotidien préféré.
A la réflexion Direct soir réussi une performance. En 4 minutes maximum, on a fait le tour du quotidien on gagne ainsi un temps fou pour faire autre chose ce doit être cela le sens à attribuer aux trois mots « sortez du quotidien »
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